Mai 2016.  Voyage en Orissa. "On s'en souviendra longtemps de cette planète".

Le Père Ceyrac répétait souvent cette phrase : "on s'en souviendra longtemps de cette planète!"

Nous pourrions dire la même chose de notre visite dans le district de Kandhamal qui laisse dans nos cœurs un souvenir inoubliable. Jamais je n'ai vu de paysages aussi beaux, des montagnes aussi somptueuses mais surtout des communautés chrétiennes aussi ferventes!

Le but de notre mission dans ce district Chrétien ( 85 %) de l'Orissa, état situé à 900 km au sud de Calcutta, était de répondre à l'appel de l'Archevêque de Bhubaneswar en participant au camp de jeunes, en témoignant de notre vocation auprès de 257 adolescents et avec l'espoir de recueillir parmi eux des vocations consacrées.

 

 

L'Orissa, 9ème plus important état de l'Inde rebaptisé Odisha depuis novembre 2011, est occupé à 80% par des populations tribales vivant dans les montagnes, à l'écart de toute civilisation. Ces gens vivent en pleine forêt dans des conditions d'extrême pauvreté, parmi eux on dénombre diverses castes notamment les Adivasis et les Dalits. Le district de Kandhamal est le plus montagneux de l'Orissa puisque certains sommets atteignent 1100 mètres. Dans les villages, les gens se regroupent et vivent réellement en communauté partageant tout ce qu'ils ont. Le gouvernement se contente d'offrir 2 kg de riz et 1 kg de blé par famille et par mois. Voila plus d'un siècle, des missionnaires européens sont venus porter l'Evangile à Kandhamal, un des districts le plus important de l'Orissa. Aujourd'hui la grande majorité de ces populations tribales sont Chrétiennes toutes confessions confondues. Ces Missionnaires ont tout laissé, tout donné : leur jeunesse, leur énergie afin d'apporter le trésor de la Foi. Beaucoup sont morts très jeunes. A Noël 2007, puis en 2008, un groupe Hindou fondamentaliste est arrivé sur ces terres pour massacrer les Chrétiens, tuant Prêtres et Pasteurs, violant des sœurs, pillant un grand nombre de villages, anéantissant dispensaires et centres médicaux. Par familles entières, la population des tribus a dû s'enfuir dans la montagne pour échapper aux massacres. Elles ont erré dans la jungle des jours et des nuits sans la moindre nourriture. Aujourd'hui encore des menaces pèsent sur cette population sans défense. Là où sévissent des persécutions jaillissent des vocations... Alors ce Dimanche 1er Mai, Nasim, Akash et moi avons pris notre bâton de Pèlerin pour nous rendre dans cet état, vivre une expérience extraordinaire, une tournée au bout du monde : 7 heures de train depuis Calcutta pour parvenir à Bhubaneswar, capitale de l'Orissa. L'archevêque en personne nous a reçu à Bhubaneswar, et nous a expliqué comment procéder pour poursuivre vers la jungle de Kandhamal. Et notre aventure s'est poursuivie avec 10 heures de bus pour parvenir dans le village de Balliguda, où se trouvait le camp de jeunes. Le camp rassemblait 257 jeunes diplômés désireux de rejoindre une communauté Chrétienne pour devenir "Frère" parmi l'une des 19 venues présenter leur programme, d'un peu tout le centre de l'Inde. Nasim, Akash et moi, avons présenté la Mission des Pèlerins de la Charité... et 17 jeunes sont venus nous rencontrer pour nous rejoindre! Ensuite, nous sommes allés dans les villages visiter les familles de chaque garçon. C'est là que tout a commencé : Voyages interminables sur des chemins défoncés, pendant des dizaines de kilomètres en "épingle à cheveux". Ce sont des heures pour parcourir des routes en terre dans des bus pourris et hors d'âge...A la fin nous devions terminer notre course, à la fraîche, à pieds pour les 10 ou 15 derniers km sur des sentiers improbables. Parcours impossible sans le secours, pour nous guider, d'un garçon de 22 ans rencontré au camp. Arrivant enfin à la nuit tombante : le spectacle réconfortant des villages dépassait au centuple tout ce que nous pouvions espérer. Nous avons été accueillis partout comme des maharajah! Chaque famille nous invitant à partager sa vie. Ce bonheur du partage nous faisait oublier l'absence de confort et le manque de sanitaires... Des Chrétiens de toutes confessions confondues, Catholiques, Baptistes, Pentecôtistes, Anglicans, se retrouvaient le soir vers 18 heures en procession pour prier. Tous priaient d'un seul cœur, d'une seule âme : C'était vraiment une nouvelle Pentecôte! 

Le sommet a été atteint le Dimanche : Nous étions dans le petit village tribal de Simon Bari, en pleine jungle, et les habitants nous ont demandé d'organiser une célébration pour une famille dans une petite hutte en terre de 6 mètres sur 5. Nous nous attendions à une célébration de quelques personnes mais, à notre grande surprise, nous avons découvert à l'intérieur une foule chamarrée d'une cinquantaine de personnes, les femmes resplendissantes dans leurs saris aux vives couleurs. Un autel de fortune avait été dressé et des instruments rythmaient chants et danses. Jamais je n'ai vécu une célébration aussi émouvante! Venant de tribus et de confessions différentes tous nous étions unis par un même cœur. Dieu était vraiment à l'œuvre! Ces rencontres avec chaque famille ont été l'occasion non seulement de présenter notre projet au garçon intéressé et à ses parents mais aussi de découvrir les "racines " de ceux qui désiraient se joindre à nous. Devant l'exigence de notre vocation, 10 sur les 17 garçons intéressés, ont décidé de nous rejoindre à Calcutta le 15 Juin, pour un mois de "come and see" puis ...let us see! Autre émotion: un garçon de 15 ans nous a dit : "Je veux être P.C. Maintenant!" comme nous lui avons répondu qu'il était un peu trop jeune et qu'il devait attendre, il a fondu en larmes ! Il répétait "Je veux être Pèlerin de la Charité, tout de suite". Pour le consoler nous lui avons suggéré de faire comme Thérèse de Lisieux : Aller à Rome demander au Pape la permission d'entrer dans la vie religieuse dès 15 ans! Frère Chapeau : Un petit Frère qui était venu d'un autre état pour vivre ce camp se faisait remarquer par sa guitare et son beau chapeau de paille. On dit même qu'il dormait avec ! Nayak, vous avez dit Nayak... (NDLR : allusion probable au film the hero ou Nayak de Satyajit Ray 1994) En prenant les inscriptions nous rendions grâce à Dieu! Voila bien succinctement un bref aperçu de ce que nous avons vécu durant une semaine. Ce fut pour moi comme un "renouveau dans l'Esprit saint", étant parfois trop installé dans mon confort de Calcutta. Pas d'histoire : L'expérience de la Pauvreté ça décape! 

Votre Frère et Ami François - Marie P.C